Une constellation de femmes artistes qui reste à explorer

Une constellation de femmes artistes qui reste à explorer

Mathilde Delattre, projet d’éventail (détail).

L’histoire de Mathilde Delattre, femme libre faisant le choix de l’émancipation sociale par la carrière artistique à la fin du XIXè siècle, n’est certes pas un cas isolé, mais est notable pour l’époque de par sa continuité. Rien que l’évolution du graphisme des catalogues des Salons où elle a exposé nous montre l’étendue de la période traversée, avec les gravures fin XIXè, le style « art déco » de 1920, la sobriété des catalogues des galeries:

Malgré une naissance « hors normes » et la suspicion qui l’a parfois entourée, elle parvint à force d’énergie et de talent à mener une carrière honorable, quelle que soit le jugement que l’on porte sur l’œuvre, avec un réel plaisir de peindre la nature, de la confiance et des projets constants, et à former de nombreuses élèves pour lesquelles elle s’investissait auprès des sociétés artistiques dont elle faisait partie. Elle vécut longtemps d’une vraie activité professionnelle artistique, malgré son statut difficile de femme célibataire et sans soutien financier.

Il y eut à la fin XIXè et début du XXè siècles une «constellation» de femmes artistes autour de l’Union des Femmes Peintres & Sculpteurs et de quelques autres lieux d’émancipation féminine, et à laquelle Mathilde Delattre participa activement; il faudrait encore étudier les microhistoires de toutes ces femmes artistes et de leur absence de postérité; et l’histoire même de l’UFPS – surtout entre les 2 guerres – reste encore très parcellaire.

Mais si on lit la critique artistique avant-guerre 14, très condescendante…: «Habituées à une existence de contrainte, comment les femmes oseraient-elles d’une franchise obstinée regarder, étudier, dominer un spectacle, en tirer des impressions personnelles et traduire celles-ci dans une manière propre ? Mais bien qu’elles n’aient pu encore secouer toutes les habitudes qui pèsent sur leur mentalité et leur sensibilité esthétique, leurs essais ne méritent pas les blâmes dont on veut les décourager», on comprend qu’il faut considérer le travail de toute cette constellation de femmes peintres (qui sont collègues, professeurs, élèves, amies) et qui a permis une certaine évolution sociètale, comme en témoigne en 1937 – dans un moment important interrompu par la guerre, et non égalé à ce jour – la tenue au Jeu de Paume, à l’occasion de l’exposition universelle, de la plus grande exposition jamais consacrée aux femmes par la France, Les Femmes artistes d’Europe exposent au Musée du Jeu de Paume (cf. catalogue reproduit plus haut). Mathilde Delattre, comme dans un point d’orgue à sa carrière, y fut associée comme artiste invitée par le jury, bouclant ainsi la boucle, d’une certaine façon, entre deux expositions universelles (avec celle de 1867 qui vit le début de l’aventure de sa mère).

Et ce petit « Flower Power » qui a existé avant l’heure autour du 17 de la rue Duperré, Paris 9è, reste encore par bien des aspects à re-découvrir !

—> au coeur de l’énergie créatrice chez Mathilde Delattre

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