L’après-guerre: exposition particulière, & vers le « plein air »

L’après-guerre: exposition particulière, & vers le « plein air »

Mathilde Delattre connait déjà le 8 rue de Séze, avec l’UFPS, mais aussi avec les expositions de la Société de la Miniature, de l’Aquarelle et des Arts précieux.  Mais elle est très peu au fait des circuits de ventes, du fonctionnement des galeries, se dit «très maladroite avec tout ça». A force de travail, elle tient cependant son exposition particulière d’aquarelles de fleurs à la galerie Georges Petit du 15 au 28 février 1927. C’est à l’occasion du catalogue de cette exposition qu’elle répartit ses œuvres en « Intérieurs » et en « Plein air ». La réception en fut bonne, et l’artiste y eut une bonne surprise: « Le jour du vernissage j’en ai vendu 12, et 27 en tout. C’est très beau, vu ce moment où les affaires sont si mauvaises  ! Mais toute ma vie, il est écrit sans doute que j’arriverai toujours trop tard. Néanmoins je suis très contente. Je rêvais cela depuis tant d’années & je ne pensais pas pouvoir y arriver, ce fut mieux que je n’aurais osé l’espérer (…) ce fut si bien, j’y ai vu tant d’amis, j’ai eu tant de preuves d’estime artistique« .

Invitation & extraits du catalogue

Ce qui ne l’empêcha pas, quelques temps plus tard, d’avoir cette petite diatribe sur les «marchands» : « Ils font 10.000 frs des tableaux pour lesquels je demande 3.500 ! (…) une petite aquarelle pour laquelle j’ai touché 600 frs & j’ai su que le marchand l’avait vendue 2.000. Ils disent, avec raison, que sans eux nous n’aurions pas vendu. C’est malgré tout excessif » !

Vers le Plein air

Mais ce qui intéresse de plus en plus et caractérise maintenant Mathilde Delattre, c’est le «Plein air», où la fleur devient parfois plus évoquée, et où on cherche souvent comme une présence / absence dans la scène suggérée, avec de nombreuses variations sur les jardins et leurs recoins, les tables de déjeuners et autres goûters terminés, des aquarelles à la douceur des pastels, une ambiance, un enveloppement. Ces « circonstances » de fleurs étaient déjà notées par la critique avant-guerre: «La fleur, dans son œuvre, est toujours très précise et très vraie. Mais Melle Delattre se préoccupe toujours de leur créer un milieu, qu’elles servent à parer et qui semble devoir les faire briller plus encore ; elle sait imaginer des circonstances spirituellement ou poétiquement pittoresques». Dans les « Plein air » cependant, avec leurs effets de lumière (« Des jardins dans une lumière transparente« ; ou encore « Une lumière douce se joue parmi les fleurs, les porcelaines et les cristaux en désordre« ) ces effets vont en s’intensifiant.

D’une même ébauche parfois, des tableaux très différents peuvent émerger de l’imaginaire de l’artiste. A partir d’un travail préparatoire des années 1910 par exemple (retrouvé… au dos d’une petite marine), on peut suivre son évolution sur ce thème récurrent des «Déjeuners»: la même terrasse a donné lieu à un tableau exposé en 1924 (dont on a une photo-carte), traité de façon classique et sans doute à l’huile, mais aussi à une aquarelle très différente, plus tardive et où Mathilde Delattre expérimente une ambiance certes toujours naturaliste, mais beaucoup plus évanescente, et où la fleur n’est plus du tout le thème central mais le prétexte à un environnement, une « aura »:

Un travail préparatoire (à gauche) et deux réalisations différentes à partir du même thème de la terrasse: Fin de jour, Salon de 1924, au centre, et même titre, Salon de 1930, à droite (médaille d’or).

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